Finance, impact et transformation en Afrique de l’Ouest

Finance, impact et transformation en Afrique de l’Ouest

7 janvier 2026 - 3:32 pm

Dans le cadre du 20ᵉ anniversaire d’Advans, Jean-Luc Nzoubou, Directeur Général d’Advans Congo, a été interviewé afin de revenir sur le parcours et l’impact du Groupe au cours des deux dernières décennies. Ayant rejoint Advans il y a 18 ans, en débutant à Advans Cameroun avant d’occuper des fonctions clés en Côte d’Ivoire et au Nigeria, son parcours professionnel incarne l’engagement de long terme du Groupe en faveur du développement d’une finance inclusive ancrée dans les réalités locales.

Dans cette interview, Jean Luc Nzoubou, Directeur Général d’Advans Côte d’Ivoire, met en lumière l’engagement d’Advans International pour la microfinance en Afrique et explique comment Advans International, en tant que groupe IMF, accompagne les petites entreprises locales, facilite l’accès aux services financiers et renforce la résilience économique et sociale des communautés, tout en favorisant une croissance inclusive et durable.

À l’occasion des 20 ans de votre groupe, quels sont les réels impacts d’Advans sur la transformation des économies africaines ? 

Nous contribuons au développement des économies africaines, en intervenant auprès des petites entreprises informelles ou partiellement formalisées, car la dynamique des économies locales c’est à eux qu’on la doit avant tout !
On estime en effet que l’économie informelle représente 38 à 40% du PIB en Afrique Sub-saharienne (Source Science Direct), 43% des adultes de la région déclarant etre auto-employés ou posséder une entreprise (Findex).

Nous mesurons donc notre impact sur les économies africaines, en interrogeant directement notre clientèle TPE/PME. Nous regardons en particulier ce qu’ils nous disent en matière de croissance des revenus, creation d’emplois, amelioration de la qualité de vie, et atteinte des objectifs financiers.
Ainsi, de la derniere enquete réalisée en 2024 par l’institut independent 60 Decibels, nous pouvons notamment retenir que :
– 83% de nos clients affirment que leurs revenus ont augmenté grace à Advans
– 27% affirment qu’ils ont pu embaucher de nouveaux employés depuis qu’ils sont avec Advans (vs 10% pour la moyenne mondiale du secteur !)
– 85% mentionnent que leur qualité de vie s’est améliorée depuis qu’ils sont avec Advans

 

Zoom sur la sous-région Afrique centrale, précisément au Cameroun, que dire du positionnement d’Advans dans l’épanouissement des populations ?

Nous opérons au Cameroun depuis 18 ans. Advans Cameroun est notre filiale historique, la première lancée par notre groupe. Nous sommes donc particulièrement attachés à l’impact que nous y délivrons. C’est particulièrement vrai pour moi qui suis Camerounais et qui ai commencé mon aventure professionnelle avec Advans à Douala il y a 18 ans !
Nous sommes présents au Cameroun avec un réseau de 14 agences et une équipe de 380 collaborateurs et accompagnons actuellement plus de 81 000 clients ici.

Comme sur l’ensemble de notre réseau Africain, nous ciblons en premier lieu les petites entreprises locales. Les secteurs sont variés : négoce, commerce, restauration, écoles, services, activités agricoles… Nous sommes également attentifs à l’inclusion financière des femmes entrepreneurs, qui représentent aujourd’hui 26% de nos emprunteurs actifs (Sep 2025).

Pour en revenir à l’épanouissement des populations locales, ce sont nos clients qui en parlent le mieux. Je vous propose de retenir 2 chiffres clé de notre dernière enquête clients (60 Decibels – 2024)
Au Cameroun :
– 50% de nos clients affirment que leurs revenus ont augmenté de manière très significative avec Advans (c’est 11pts de plus que la moyenne africaine du secteur)
– 47% affirment qu’Advans a eu un impact significatif sur leur qualité de vie (+2pts vs moyenne africaine du secteur)

En opérant dans six pays africains très différents, comment Advans a-t-il adapté ses approches pour répondre aux divers besoins locaux ?

Il y a autant d’Afriques que de pays sur le continent, et en effet les besoins des entrepreneurs locaux peuvent être assez différents d’un pays à l’autre.
Nous avons quelques produits universels dont on sait qu’ils répondent à un fort besoin dans toutes nos géographies.
Côté prêt : besoin en fonds de roulement, crédit investissement, crédit d’urgence (pour du dédouanement par exemple), crédit scolaire…
Côté dépôt : compte courant bien sur, et différentes solutions d’épargne rémunérée.
Mais même sur ces produits phares, les conditions de souscription diffèrent pour s’adapter à la réalité locale : type de garanties acceptées, montant des crédits, etc.
Nous avons aussi une offre de services digitaux : des applications mobiles dans nos pays les plus digitalisés (Nigeria, Ghana, Cote d’Ivoire), aux services de mobile money en partenariat avec des opérateurs Telco.

Ensuite, dans certains de nos pays d’opération où la clientèle rurale est très forte, nous avons développé des offres spécifiques pour les chaines de valeur agricoles comme le cacao, le karité, la noix de cajou. Nous collaborons par exemple en Cote d’Ivoire avec les coopératives de cacao ou les associations villageoises (AVEC).
Enfin, nous développons de plus en plus de solution d’assurances, pour répondre aux besoins de nos clients en matière de couverture santé ou décès, mais aussi pour se prémunir des aléas climatiques.

 

Et parlant des besoins locaux, un problème criant en Afrique est le financement des entrepreneurs. Les lourdeurs administratives et « l’asphyxie des conditions fiscales » sont souvent avancées par les porteurs de projets. Comment Advans contribue-t-il à la croissance des PME-PMI ?

Concernant la fiscalité, il n’est pas de mon ressort de commenter. En revanche ce qui est certain c’est que si les PME-PMI ont besoin « d’oxygène » pour financer leur croissance, l’accès à des services financiers formels peut être déterminant. En tout cas chez Advans nous y croyons profondément et c’est ce pourquoi nous nous battons depuis 20 ans : faire avancer l’inclusion financière. Donner de l’air aux entrepreneurs, les aider à sortir des sources de financement informelles. Proposer des comptes courants et des services transactionnels simples et pratiques ; des solutions d’épargne pérennes.
Pour se donner quelques éléments de contexte :
En Afrique, on estime que 82 % des adultes ayant déjà emprunté au moins une fois l’ont fait auprès d’une source informelle (Worldbank Findex – 2024). Or, on le sait, les conditions proposées par les usuriers et les tontines sont loin d’être idéales. Les taux pratiqués peuvent être très élevés : (jusqu’à 30 à 50 %). Par ailleurs les crédits accordés le sont souvent pour des périodes très courtes, ne répondant pas toujours bien aux besoins des entreprises.

Par ailleurs, côté gestion financière, seuls 58% des adultes possèdent un compte bancaire en Afrique Sub saharienne. (Worldbank Findex)
Les entrepreneurs du secteur informel ou semi formel ont besoin d’un compte courant pour gérer les transactions liées à leur activité en toute fiabilité. Ils ont besoin de financement pour croitre. C’est pour ça que nous sommes là. En 20 ans nous avons accompagné en Afrique plus d’1 million de clients.

Quels leviers avez-vous mis en place pour renforcer l’inclusion financière des femmes, des jeunes et des populations rurales à grande échelle ?

En Afrique sub-saharienne on estime qu’un peu plus de 50% des femmes actives sont auto-employees, mais les freins à leur inclusion financière sont nombreux et différents de ceux rencontrés par la population masculine.
Nous développons donc des produits spécifiquement adaptés à leurs besoins.
Advans Ghana a par exemple lancé il y a un an le programme AdvansHer, en partenariat avec la banque de développement du Ghana. Ce programme pour les femmes se décline en 3 volets :
– Un volet formation : usage des réseaux sociaux, formalisation de son activité, bases comptables. A date ce sont déjà 100 femmes entrepreneures qui ont pu être formées en présentiel.
– Un volet financement, grâce à une politique de garanties plus souple pour faciliter l’accès des femmes entrepreneures à des crédits plus importants. Ainsi sur un an, on constate une hausse du total décaissé aux femmes de 50% (juil 24 – juin 25).
– Un volet scolarisation, avec un produit d’épargne EduSave. A fin octobre 2025, ce sont plus de 2000 comptes qui étaient déjà ouverts.

En Tunisie, l’équipe propose un crédit dédié aux femmes entrepreneures nommé El Baya. La politique de garantie a été adaptée pour offrir plus de flexibilité, et les frais de souscription sont plus faibles que pour les prêts classiques. Par ailleurs, chaque cliente bénéficie d’une assurance emprunteur gratuite. A fin septembre 2025, Advans Tunisie comptabilisait 5 250 décaissements de ce pret pour une valeur totale de 7,6 millions d’Euros.
Enfin, je pourrais aussi vous citer l’approche adoptée par notre filiale en Côte d’Ivoire, qui travaille en étroite collaboration avec les associations villageoises (AVEC) composée à 80% de femmes.
Au global, les femmes représentent aujourd’hui déjà 35% de notre clientèle.
Du côté des populations rurales, nous soutenons les activités maraichères et l’élevage en Tunisie, les chaines de valeurs du cacao, de la noix de cajou ou du karité en Côté d’Ivoire ou au Ghana. En Côté d’Ivoire nous travaillons avec de nombreuses coopératives agricoles. Nos échéanciers sont calés sur les campagnes de récolte. Nous proposons aussi un crédit digital rural pour financer la scolarisation des enfants.

Par ailleurs, face à l’enjeu climatique, Advans Côte d’Ivoire fait de la sensibilisation auprès de sa clientèle rurale et pilote des tests d’assurance indicielle climat en étroite collaboration avec des coopératives agricoles.
A travers notre réseau, les activités agricoles représentent aujourd’hui 23% de notre clientèle.
Enfin, sur la cible des jeunes, nous avons développé des services digitaux simples et sécurisés accessibles 24h/24. Par ailleurs nos crédits sont accessibles dès 12 mois d’ancienneté dans son activité, parfois dès 6 mois pour de plus petits montants.

 

Quelles innovations digitales vous ont permis d’élargir votre portée tout en maintenant la proximité avec vos clients ?

La digitalisation du continent Africain a été extrêmement rapide ces 5 dernières années et a opéré comme un véritable facilitateur d’inclusion financière.
C’est pourquoi dans nos pays d’opération les plus digitalisés nos clients peuvent aujourd’hui gérer leurs transactions financières 7 jours sur 7 et 24h/24 en self-service de manière totalement sécurisée grâce à nos applications mobiles : virement, paiement de fournisseurs, consultation de solde, demande de crédit, etc. C’est le cas au Nigeria, au Ghana, ou en Côte d’Ivoire. Plus besoin de se rendre en agence, ou de se plier aux horaires d’ouverture des guichets.
Nous avons digitalisé nos process crédits et sommes capables de décaisser plus rapidement nos clients. Nous proposons des crédits digitaux et des solutions de renouvellement automatique.

En revanche, nos clients ne sont de loin pas tous équipés de Smartphones ni de connexion internet ! Dans nos pays d’opération, si plus de 90% de la population possède un tel portable, seuls 40 à 60% d’entre eux sont connectés à Internet.
Pour nous il est donc rapidement apparu essentiel, de pouvoir proposer des alternatives simples et innovantes à nos clients non équipés. C’est ainsi que nous nous sommes très tôt intéressés à d’autres solutions technologiques, pour permettre à tous de réaliser des opérations sécurisées sans avoir à visiter son agence, depuis n’importe quel GSM, avec ou sans le relai d’un agent telco local.
– Nous proposons aujourd’hui des solutions de portefeuille élèctronique en partenariat avec des opérateurs telcos locaux. Nos clients peuvent effectuer des transactions bank-to-wallet et wallet-to-bank via leurs réseaux d’agents.
– Nous proposons aussi des solutions USSD disponibles en self-service via un système de shortcodes. Au Cameroun, nous travaillons actuellement sur un projet de service USSD pour début 2026.
– Enfin, en équipant des agents mobiles avec des apps, nous proposons des services de transactions ‘aidées” à nos clients (comme de la collecte de petite épargne).

A titre d’illustration, aujourd’hui + de 85% de nos transactions au Ghana et + de 75% en Côte d’Ivoire se font via ces canaux alternatifs (contre 25% en agence). Dans tous nos pays d’opération, nous sommes au-dessus de 50% de transactions clients réalisées via ces canaux.
Ces solutions technologiques sont venues compléter notre réseau d’agences et nos centres de relation clients, pour une proposition de valeur, alliant technologie et proximité. La confiance se construit dans la relation clients, avec une approche équilibrée entre ces différents canaux.

Comment intégrez-vous les enjeux de durabilité et de finance responsable dans vos activités ?

La pérennité des entreprises est un enjeu majeur de la finance responsable. Au-delà des aléas économiques et politiques, elle est aujourd’hui mise en péril par le réchauffement climatique et les dérèglements météorologiques qu’il engendre. On estime que les risques climatiques concernent ainsi environ ¼ de notre clientèle tant rurale qu’urbaine.
Chez Advans, nous avons donc développé un stratégie climat dont l’objectif premier est de renforcer la résilience des clients face a ces aléas climatiques : qu’il s’agisse de sécheresse, d’incendies, ou d’inondations, nos clients doivent être capables d’anticiper et de s’adapter. C’est la voie sur laquelle nous les accompagnons, avec un plan en différents volets :
– Formation des équipes Advans et sensibilisation des clients
– Etude des risques climatiques par zone géographique et typologie de clients
– Développement de produits dédiés

Ce plan d’action est aujourd’hui déployé sur 3 pays pilotes : la Tunisie, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Et nous entendons l’étendre à l’intégralité de nos réseaux dans les deux prochaines années.
En côte d’Ivoire nous avons conduit plusieurs pilotes d’assurance climatiques, en collaboration avec des coopératives agricoles, auprès de plus de 1200 producteurs. Et ce n’est que le début.
Un autre enjeu majeur, pour un acteur de la finance responsable comme nous, est bien entendu la protection du client.

 

Cette année, 2 de nos filiales ont été certifiées, Advans Tunisie (niveau Or) et Advans Cote d’Ivoire (niveau Argent), et nous ambitionnons une certification de l’ensemble de nos filiales d’ici à fin 2026. Ces certifications garantissent un suivi scrupuleux des plus hauts standards internationaux en matière de protection du client, notamment en termes de :
– Conception des produits (avec des produits adaptés aux besoins du client),
– Transparence tarifaire,
– Respect du client,
– Protection stricte des données,
– Ecoute du client (pour une amélioration permanente de nos services).
Nous sommes un des tous premiers groupes de microfinance à être certifié sur le continent africain.

Quelles sont les prochaines étapes du développement d’Advans sur le continent africain?

En termes de géographie nous ambitionnons en effet d’élargir notre empreinte sur le continent africain : en renforçant notre présence sur nos marchés existants en Afrique du Nord, Afrique de l’Ouest et Afrique Centrale, mais aussi en couvrant de nouveaux territoires.
Mais nous ambitionnons également de renforcer notre impact dans les pays dans lesquels nous opérons actuellement et où il y a encore tant à faire :
– Pour mieux servir les femmes.
– Pour mieux servir les populations agricoles.
– Pour garantir la protection de nos clients.
– Pour renforcer leur résilience face aux changements climatiques

Nous y parviendrons en renforçant notre modèle High Tech – High Touch alliant Technologie et proximité client.

Vingt ans après sa création, Advans International poursuit son ambition : élargir durablement l’accès aux services financiers formels, soutenir le microcrédit en Afrique, renforcer l’inclusion financière des femmes et accompagner les entrepreneurs face aux défis économiques et climatiques. En combinant innovation, proximité terrain et finance responsable, Advans entend continuer à jouer un rôle structurant dans des économies en pleine mutation, avec un impact mesurable et durable.

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